J’ai voyagé un mois en Chine. Certains cherchent des articles utiles où l’on raconte son parcours, donne ses conseils, montre ses photos magnifiques… Cet article n’est pas pour eux.
Je vais plutôt recenser toutes les choses qui ont pu m’étonner. Beaucoup de choses peuvent sembler bizarres à l’œil occidental alors qu’elles sont parfaitement normales pour les Chinois. J’ai pris des notes !
Les Chinois et le bruit
Quasiment tous les véhicules sont électriques en Chine. Formidable, ça doit être silencieux !… Eh bien non.
Les rues sont particulièrement vivantes avec des petites boutiques de bouche partout ou des vendeurs de rue. C’est très animé, même dans certains quartiers résidentiels. Pour attirer le chaland, ils peuvent crier (même quand vous êtes juste à côté), mais bien souvent ils préfèrent utiliser un mégaphone avec un message pré-enregistré de leur propre voix qui tourne en boucle. Et ils restent à côté sans plus y prêter attention.

Les bruits de crachats et les rots sont assez courants. Ce n’est pas aussi important qu’on le dit, ce sont surtout les boomers qui sont concernés, ce n’est pas l’horreur permanente. Mais vous pouvez toujours avoir la joie d’un bon « RRRrrric Peuh ! » au réveil ou lorsque que vous admirez une jolie vue…
En ville, dans les restos, dans le train… le téléphone des Chinois est très souvent sur haut parleur. Bien sûr, ils peuvent appeler au milieu d’un wagon, personne ne s’en offusquera, même dans un train de nuit (sauf si vous parvenez à aller dans un wagon « quiet« , équivalent à un wagon normal de la SNCF…).

Vous souhaitez voir un spectacle enchanteur avec une belle musique ? Les familles taperont la discute par dessus et se lèveront sans vergogne pour prendre la masse de photos, tandis que les enfants auront les yeux rivés sur une vidéo ou un jeu sur le téléphone, volume à fond.
Et ça ne dérange personne, ils font abstraction des bruits qui se superposent.
La place des enfants en Chine
De ce fait, les enfants sont évidemment libres de faire du bruit. Ça peut être agaçant, mais c’est assez chouette de voir leur liberté et leur place dans la société. En période de vacances scolaires, ils semblaient nombreux, mais en réalité, les Chinois ont l’un des plus faibles taux de fécondité de la planète, environ 1 enfant par femme. Et ce n’est pas dû qu’à la loi de l’enfant unique… cette loi a été abrogée depuis 2015 et le problème se creuse quand même. C’est peut-être une explication. Hormis le bruit, les enfants sont généralement sympathiques et bien éduqués… à être obéissant et admirer leur pays.

Ils sont souvent les seuls à maîtriser un peu d’anglais appris à l’école. On les envoie donc vers les occidentaux pour pratiquer. Forcément pour eux, les Blancs sont tous anglophones. Et la France est tellement romantique ! J’ai demandé plusieurs fois, je n’ai jamais su pourquoi ils pensaient ça. J’ignorais que les images d’Épinal se diffusaient jusqu’en extrême-orient !

La relation avec les parents est aussi surprenante. Ce sont souvent les mères qui s’occupent de tout, alors même que le père se trouve à côté (bon ok, ça c’est assez peu surprenant). Ils semblent dans l’ensemble bien trop proche de leur mère. Ça nous prépare de bons gros Œdipe !
Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des adultes bras dessus/bras dessous avec leur mère, partant en vacances ensemble. Les femmes enceintes sont, elles, quasi absentes de l’espace public. Je ne sais pas si c’est dû au patriarcat, à des superstitions, à des conseils de médecine chinoise ou à une surprotection dans un monde où les enfants sont rares…
Des Chinois pollueurs ?
Ça peut sembler incohérent… Les Chinois semblent s’en foutre. Ils sont leaders mondiaux sur les énergies renouvelables et ont fait exploser le couvert forestier du pays pour lutter contre la désertification… mais le développement durable ne semble pas leur importer. Après tout, ils sont aussi le 1er émetteur de gaz à effet de serre.

Pour chaque achat, vous aurez au moins un sac plastique. Dans un paquet, chaque biscuit/bonbon est emballé individuellement. Et deux fois plutôt qu’une.
Ils commandent souvent 2 fois plus que ce qu’ils mangent et abandonnent les restes. Durant le repas, ils jettent quasiment tous les déchets par terre, car il y a des gens payés pour faire le ménage qui s’en occuperont. Pour un trajet de TGV, quelqu’un nettoiera le sol au moins trois fois.
Les poubelles sont nombreuses, ce qui n’empêche pas de nombreux déchets par terre. Elles séparent le recyclable du reste, mais les habitants respectent assez peu la consigne… Des travailleurs non qualifiés reclassent ensuite le recyclable, plus ou moins à la main. Ce sont souvent des pauvres ou des personnes très âgées obligées de continuer à travailler qui font ces sales boulots.
Dans les centre-villes, le camion poubelle joue une musique très fort, indiquant aux commerçants de venir jeter leur déchets.
Plus surprenant, même en rando dans des parcs nationaux protégés, vous croiserez des déchets par terre. Pourtant les randonneurs ne sont pas vraiment nombreux dans le pays… mais dans mon cas, c’était la guide elle-même qui balançait ses déchets par terre à 4000m d’altitude…
Toilettes en Chine et quartiers populaires
Pour rester sur la propreté, les toilettes sont un sujet en Chine. Vous n’aurez pas forcément des toilettes dans chaque commerce/restaurant, mais le pays possède un excellent réseau de toilettes publiques accessibles et utilisées par tous.
En France on parle de « toilettes turques », mais elles sont en réalité bien plus souvent chinoises. Les toilettes à cuvettes y sont rares, destinées aux « touristes » ou aux personnes handicapées. Le papier se jette toujours dans une poubelle, et non dans les toilettes, sous peine de les boucher. De toute façon, il arrive fréquemment de trouver des toilettes où la chasse d’eau n’a pas été tirée malgré… bref, vous avez compris.
Comme les Chinois maîtrisent tous le squat asiatique (toujours impossible à faire avec les pieds à plat chez moi), ce sont pour eux les toilettes les plus pratiques. On s’y fait. Par contre, il est plus difficile de se faire aux toilettes turques alignées sans cloison qu’on trouve encore parfois, notamment dans les hutongs de Beijing.

Ces hutongs sont intéressants. Ce sont des quartiers populaires, remplis de petites maisons avec toilettes collectives, en plein centre-ville de la capitale. On peut se désoler de la présence de logements « vétustes »… mais au contraire, il est assez remarquable de voir que Pékin parvient à maintenir des quartiers populaires dans le centre-ville malgré la gentrification. La précarité n’est pas renvoyée dans des banlieues dortoirs grisâtres à une heure de transport en commun comme on le fait en Occident.
D’ailleurs, ces quartiers restent très sûrs et la Chine semble compter très peu de SDF. Une politique de logements accessibles et de petits boulots permet de réduire drastiquement le problème… au prix de vieux paupérisés qui trient les poubelles à 23h pour pas être à la rue, certes.

Je ne parle pas ici des forêts d’immeubles identiques qui ont poussé aux abords de toutes les grandes villes du pays. Par groupe de 10 ou 50 immeubles identiques côte à côte, ces immeubles portent le PIB du pays. Mais le problème du logement semble bien secondaire. C’est la spéculation immobilière qui intéresse ici. Beaucoup de ces quartiers sont d’ailleurs quasi-vides…
20 ans d’avance

J’ai déjà évoqué l’avance dans les énergies renouvelables des différents véhicules. Ai-je parlé du réseau de TGV, inexistant il y a 30 ans, qui représente désormais plus de 65% du réseau mondial ? Quasiment tout le pays est relié. Service public « communiste » oblige, pas de yield management : les prix sont fixes.
Dans les trains allant à 340 km/h (un train allant à 600km/h est en test, et un train électro-magnétique – donc volant – existe uniquement à Shanghai), les sièges sont repositionnables selon le sens de la marche. L’accès se fait via un hall dans lequel il faut être présent très à l’avance, on se croirait dans un aéroport !

N’espérez pas acheter de mauvaise littérature de gare ou de la presse : ça n’existe plus. Tout se fait sur téléphone. Une appli est prévue pour la lecture, pour l’abrutissement en ligne, une autre pour les paiements… Je n’ai jamais sorti ma carte bleue en Chine, juste les codes barres des applis. Quand je payais en liquide, les vendeurs me demandaient plutôt d’utiliser WeChat ou AliPay. Même pour faire l’aumône à un SDF.
Et faites vous livrer plutôt que de marcher quelques mètres dehors. Il y a des scooters à toute heure et pour n’importe quel produit. Un vrai sens du service et/ou de l’exploitation.
Les Chinois sont collés à leur téléphone 24/24 ! Les métros de Shanghai ou Beijing sont des réserves de zombies rivés à leur téléphone, aussi bien dans les wagons que dans les couloirs.

Pour la publicité, les Chinois utilisent assez massivement l’IA. Des personnages sortis d’un ersatz de Ghibli vous invitent à consommer des noodles ou un jus de calamansis. Dans les trains comme ailleurs, des publicités sont présentes en boucle. Genre des écrans aux murs et au plafond… même en première classe.

C’est une constante en Chine : votre cerveau est sur-sollicité. Cumulez les écrans de pub, les affiches, les haut-parleurs des marchands, les vendeurs de rue qui vous alpaguent, les nombreux messages de prévention… c’est très fatiguant. On comprend mieux pourquoi ils se concentrent uniquement sur leur téléphone dans les grandes villes, ça doit éviter de ses disperser. Encore un temps d’avance dans l’aliénation générale qui nous laisse augurer le bel avenir qui nous attend en France !
Petites différences du quotidien chinois
Les Chinois n’utilisent pas leurs mains de la même manière. Pour donner/prendre quelque chose, il est plus poli d’utiliser les deux mains. Quand quelqu’un vous sert le thé, il est d’usage de tapoter la table à côté de la tasse en signe de respect.
Même pour compter sur vos doigts c’est différent !

Le respect des files d’attente est un peu étrange. Comme à Singapour, vous avez une profusion de règles en tout genre : ne pas s’appuyer, ne pas nager, ne pas marcher sur l’herbe… je ne sais pas si c’est un sur-contrôle de l’Etat ou une logique confucéenne un peu détournée. En tout cas, rien de précis n’est indiqué sur les files d’attente. Du coup, il est tout à fait normal de jouer des coudes pour gagner 3 places, de courir pour être premier de sa file ou de se lever très à l’avance pour être le premier à sortir du train.
J’ai encore beaucoup à dire sur la mode chinoise, le tourisme dans l’empire du milieu, la nourriture ou encore la sécurité en Chine… mais ce sera dans d’autres articles.