De retour chez Rémanence des Mots pour un nouvel atelier d’écriture. Problème, j’ai passé une mauvaise journée après avoir peu dormi. Il s’agit de construire des intrigues… qu’est-ce que ça donne un atelier d’écriture quand on n’est pas d’humeur ?
L’atelier se déroule, exceptionnellement, en 5 temps. Un début théorique intéressant ouvre le bal, mais il est hélas survolé. S’en suit une mise en pratique en 3 temps (titre de journal, scène, climax)… peu inspirée et peu efficace. Sans avoir le modjo, je me suis rabattu sur un sujet d’actualité facile teinté de géopolitique en mer de Chine. Un truc de prof quoi !
Avec du temps et des personnages hauts en couleur, on doit pouvoir en faire une histoire loufoque de qualité. Malheureusement, j’ai plutôt empilé les clichés sans insuffler de rythme, ni assez de vie dans les personnages. Le vocabulaire ne me venait pas.
Un peu frustrant, mais surtout décevant… mais c’est justement comme ça que l’on apprend. Le geste d’écrire demande un cerveau à peu près frais et dispo, comme les échecs.

Théorie fictionnelle et intrigue
L’intrigue est l’enchaînement des actions. Leur entremêlement. Deux étapes théoriques nous amenaient à réfléchir à ce qui nous intrigue et au rôle de celle-ci.
De mon côté, j’estimais que l’intrigue m’intéresse car elle met en exergue les décalages et les incohérences de chacun (différences culturelles, déterminismes sociaux, actes manqués…). Elle permet aussi de donner du rythme au récit. Les autres ont plus insisté sur les inconnues à résoudre pour renforcer la compréhension.
En fiction, l’intrigue a pour moi 3 intérêts principaux :
- Explorer les possibles. D’où mon amour pour la science-fiction, la littérature des possibles
- Créer de l’attachement aux personnages en partageant leurs ressentis. L’héroïsme d’un chevalier ou la colère d’un anti-héros génèrent de l’empathie et nous font nous sentir vivants
- Trouver du vrai à travers le faux de la fiction. Les prétextes qui font vivre l’histoire sont finalement les éléments qui révèlent de la connaissance de soi du lecteur.
Les autres ont aussi évoqué l’engagement et le renforcement des enjeux.
L’animateur a pu nous indiquer quelques éléments théoriques complémentaires. Je n’ai hélas retenu aucun des noms des auteur-es cité-es.
La fiction nous amène à une « quasi-émotion ». Quand un personnage meurt, la tristesse est réelle et proche d’une émotion réelle, mais moindre que si un proche mourrait vraiment.
On a longtemps dit que la fiction créait de la suspension d’incrédulité chez le lecteur. L’univers a des dragons, PAF, on est d’accord pour dire croire qu’il y a des dragons en lisant l’œuvre, du moment que ça semble cohérent. Des théoriciens récents disent qu’au contraire, nous ne suspendons pas passivement, mais que nous faisons semblant volontairement. C’est la feintise ludique partagée.
Il a aussi donné quelques conseils de rédaction en retours à nos piètres tentatives. Eviter l’imparfait quand on veut créer du suspens, il crée une distance. Utiliser le dialogue crée un changement de registre qui peut diminuer la tension. Mieux vaut préférer le flux de pensée du narrateur, qui permet de renforcer l’identité et le tragique du personnage sans qu’il ne soit un pantin au service de l’histoire, tout en gardant des angles mots pour jouer sur le suspens.
Vient alors les 3 parties de mise en situation : créer un titre de presse p*taclic, imaginer une scène dans cet univers à la 1ère personne, puis une autre scène pour créer un cliffhanger
Escalade nucléaire en mer de Chine
1/ La tension monte autour des îles Spratley après qu’un sous-marin nucléaire américain a fait naufrage contre un îlot revendiqué par Pékin. L’armée chinoise se déploie dans ce carrefour du commerce mondial. Le président américain a déployé la 4ème flotte qui patrouillait dans le Pacifique et assume une « opération défensive », laissant craindre une escal…
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2/ Remontant les filets, je manœuvrais seul au bâbord du chalutier. Mes collègues étaient déjà occupés au tri dans la cale. Le drapeau rouge étoilé de jaune battait fièrement à la poupe de notre vaisseau.
Je vérifiais que la machine remontait normalement quand j’entendis un son tonitruant. Un saut de chaîne ? Ca ne ferait pas un tel boucan !
Observant les alentours, j’aperçus une monstruosité de métal dépasser des rochers escarpés de nos îles. Cela ne peut être qu’un des nôtres… Nos camarades, quelle horreur ! Il faut sonner l’alarme et secourir ces malheureux ! Coupant la remontée des poissons d’un geste, j’allais accourir vers le capitaine quand je vis une inscription sur le sous-marin éventré qui gisait à quelques dizaines de miles de nous… en latin.
Un drapeau étoilé à fond rayé rouge et blanc orne la carcasse métallique. Ce vaisseau n’est pas celui de nos frères, mais des impérialistes ! Des occidentaux qui se permettent de sillonner nos eaux sournoisement… Puissent-ils tous crever dans leur tombeau de métal.
Je décidai de laisser les officiers s’en occuper et retournai à mon poisson… Au moins ça que l’ennemi ne nous volera pas !
3/ Sept heures sans sommeil pour rien. La nouvelle du déploiement chinois avait nécessité de vérifier l’état de notre flotte, de déployer des unités de secours furtives, d’étudier les spécificités de nos vaisseaux, de calculer toutes les options de secours possibles, de préparer les différents scénarios, allant de l’excuse polie à la menace de guerre économique tacite.
Tout le rapport a mobilisé plusieurs équipes. Une trentaine d’hommes et de femmes de haut niveau. Le tout résumé dans une synthèse de 4 pages et demi. Un record d’efficacité.
Peine perdue. Le président de la plus puissante démocratie s’est refusé à le lire. Les Chinois ne connaissent que le rapport de force, selon lui. Sous mes yeux impuissants, je vis le président écarter le rapport d’un revers de main. Comme s’il écartait du même geste 3 doctorats en diplomatie sino-occidentale et stratégie militaire. Il proposa alors de déplacer la 4ème flotte… Oui M. le président, elle est bien dotée de l’arme nucléaire…
Je ne fus clairement pas conquis par ce deal immanquable sur les supra-conducteurs taïwanais. Le parti du peuple non plus.
Mais de là à appeler le chef d’état chinois avec la mallette nucléaire visible à l’écran pour « appuyer nos revendications »… nous n’étions pas prêts. Les Chinois aussi étaient loin de laisser passer l’outrage. Une stratégie de négociation qui pourrait pousser le monde à la suite de notre sous-marin… vers les abysses.