La mode chinoise peut surprendre, comme bien d’autres curiosités dans le pays. Mais il y a une chose qui ne devrait étonner personne : la Chine est un pays très sécurisé, avec un Etat quasi-policier… qui forme les polices du monde entier, donc la police française.
Contrôle des déplacements en Chine
Comme on peut s’en douter dans un régime autoritaire, la police est très présente et les contrôles sont nombreux. Pourtant, ils seraient moins nombreux qu’en France en proportion de la population. Ce n’est pas du tout le ressenti qu’on a sur place.
Pour prendre un train, il faut montrer son passeport à l’entrée de la gare. Puis, les bagages sont contrôlés et vous passez au détecteurs à métaux. Pour rentrer dans le train, nouveau contrôle de passeport. Arrivés à destination, devinez ce qui vous attend ? Un contrôle d’identité !

Bon ok, c’est plutôt attendu de contrôler la gare dans un pays fédéral imposant des passeports internes pour éviter que la population ne déserte des régions en besoin de main d’œuvre… mais c’est pareil dans les musées. Et à chaque entrée de métro, contrôle des sacs et détecteur de métaux par 3 policiers. Sans parler du thermographe au contrôle de l’aéroport.
La place Tien’Anmen à Pékin atteint le summum. Pour entrer sur cette place publique, il faut passer les caméras, les 3 contrôles de sécurité différents… pour ensuite qu’on vous demande votre réservation. Que je n’avais évidemment pas. J’ai attendu en vain et je n’ai pas pu admirer le portrait de Mao à l’entrée de la Cité Interdite… Heureusement, quasiment chaque habitant orne l’un de ses murs de la tête ronde du grand timonier regardant l’avenir avec sérénité. Selon les locaux, c’est comme ça depuis le Covid. Je n’ai pas osé en demander davantage en évoquant 1989.

Surveiller l’espace public
On m’a dit que dans les territoires « chauds » (Xinjiang, Tibet…), la police contrôle encore plus et peut fouiller votre téléphone et vérifier vos photos. Ce n’était pas à ce point pour nous, nous étions très libres de nous déplacer. Au contraire, nous semblions moins contrôlés que les Chinois eux-mêmes… A une exception : les nuits d’hôtel. Nous avons eu le malheur d’annuler une nuit d’hôtel au dernier moment (le quartier était sous l’eau à cause d’un typhon). Le gouvernement veut savoir où vous passez la nuit. Un hôtel qui ne parvient pas à vous entrer dans sa base de données vous refusera (et vous renverra dehors de nuit dans les rues inondées).

Plus surprenant encore pour la sécurité, lors de certains randonnées, vous êtes filmés ! Au milieu d’un sentier, un détecteur de mouvements vous repère et lance un message en chinois au haut parleur (il n’y a pas encore la reconnaissance faciale pour envoyer le message dans la bonne langue). Je n’y comprenais rien, mais je suis à peu près sûr qu’il s’agit d’un rappel aux bonnes règles à suivre : ne pas s’appuyer/grimper sur les rambardes (qui ferait ça en bord de précipice), ne pas nager, ne pas s’éloigner du sentier…
Règles de sécurité partout
De manière générale, tout comme à Singapour, il y a des panneaux partout, des règles en pagaille. Dans le métro, des petits films tournent en boucle pour rappeler. Il est interdit de manger, de laisser le son de son téléphone, de s’appuyer sur le bord ou de se pencher dans l’escalator… Certaines sont du bon sens, au point que ça semble insultant de nous prendre à ce point pour des enfants qu’il faut contrôler (mais je pourrais dire la même chose des horripilants messages SNCF sur les bagages oubliés). Certaines sont plus surprenantes ou ressemblent à du nudge marketing. Ainsi, au dessus de la plupart des urinoirs, le message « un petit pas pour l’homme, un grand pas pour la civilisation » vous rappelle qu’il vaut mieux être tout près pour ne pas en foutre partout.

On pourrait croire ce climat policier insupportable… mais, très vite, on en fait abstraction. Déjà, il ne s’agit pas de gorilles baraqués qui vous mettent mal à l’aise, mais des gens lambda. Vous vous retrouvez devant une policière d’1m50 et 40kgs… et tout le monde se plie à la règle. Ça ne viendrait à l’idée à personne de contester ce qu’elle vous demande.
Puis il y a des avantages. Le pays est particulièrement sûr. Je n’ai quasiment pas vu un seul tag en un mois. Vous pouvez partir en oubliant vos affaires et téléphone dans un lieu de passage, rien n’aura bouger à votre retour. Dans beaucoup de lieux, vous pouvez vous servir directement en boisson dans un frigo, sans que personne ne vérifie… Eh bien les gens n’abusent pas et payent leurs boissons.

Dans l’espace public, les hommes sont plus présents, mais les femmes semblent totalement avoir leur place aussi. Des conductrices de Didi (le Uber local) sont nombreuses, ce qui n’est pas le cas en France. Seuls quelques regards libidineux peuvent s’attarder si vous faites l’erreur d’avoir de la poitrine ! Le poids du male gaze ne semble pas beaucoup varier d’un pays à une autre…
Si vous devez traverser une zone sombre et potentiellement dangereuse, votre application GPS vous prévient. D’ailleurs, A-map vous avertit aussi des zones ombragées sur votre chemin ou de la durée de chaque feu rouge. 20 ans d’avance je vous ai dit !
La plupart des nombreuses règles semble respecté par l’immense majorité des habitants. Je n’ai d’ailleurs jamais vu ni violence, ni dispute dans les rues (juste une fois, le ton est montée dans une file d’attente). Peut-être est-ce dû à la culture confucéenne. Peut-être le système de notations personnelles à la Black Mirror (je ne l’ai pas vu sur place). Peut-être la peur… Il y a en tout cas quelques exceptions. Sur le bruit et le téléphone, les Chinois ne respectent hélas pas forcément les indications. Sur le code de la route, les conducteurs de scooter couperont partout où ils peuvent. Et vas y que je me gare en triple file, que je traverse une ligne blanche pour gagner 3 places dans une file, ou que je te crée une nouvelle file sur le bord de la route. Ça rappelle l’Indonésie !

Le contrôle numérique en Chine
Pas besoin de police pour punir, si vous surveillez tout ce que les gens font en amont. C’est le panoptique de Bentham avec 1,4 milliards de cellules !Le contrôle, ça n’a jamais été que la police. Les citoyens ont probablement aussi ce rôle, plus ou moins consciemment, en eux. Chaque quartier affiche à son entrée les responsables de la sécurité avec photo et coordonnées. Si vous voyez quelque chose, vous pouvez les appeler. Par exemple un SDF sera vite rappelé à son quartier d’origine…
La dépendance totale au téléphone favorise aussi le contrôle. Les moteurs de recherche sont peut utilisés : tout se fait au sein de quelques applications. WeiXin (WeChat) permet de lire les informations, des livres, de discuter entre amis. Tous vos paiements via cette appli sont suivis et associés à votre nom. Je n’ai pas été voir Weibo ou Tiktok, mais je n’ai pas de doute que tout l’écosystème d’applications est validé par le parti et permet un contrôle facilité.

Toutes les applications américaines sont plus ou moins bloquées. Avec un abonnement français ou une e-sim, ça fonctionnait. Dès lors que j’étais connecté à du Wi-Fi, impossible de seulement traduire un menu avec Google Lens. Il faut constamment jongler avec le wifi, le VPN, le réseau d’origine… Pour les locaux bien sûr, pas de VPN du tout.

Plus que la sécurité, c’est le contrôle des informations qui est le plus dérangeant. Vous vous souvenez des évènements de Tien’Anmen ? Pas eux. Un simple suicide d’un homme en avion sur une tour à Pékin en juin 2026 a été censuré. Impossible de savoir exactement le nombre de morts lors d’une catastrophe.
A Kunming, j’ai entendu une jolie musique aux allures tibétaines, sur lesquels les locaux dansaient (il y a beaucoup de danses sur les places publiques, surtout des vieux). En cherchant sur Wikipédia, on découvre que l’artiste s’est immolé à Lhassa. Cette information n’est pas disponible pour les Chinois, qui savent juste que Tsewang Norbu est mort à 25 ans, raison inconnue. Ce manque de connaissance explique peut-être que la plupart des Chinois Han ne sait rien de la condition des Tibétains et des Ouïghours dans le pays.

Sécurité ou liberté ?
Vu les nombreux bienfaits sur le sentiment de sécurité, on pourrait donc se dire que cet autoritarisme est un mal pour un bien. En effet, c’était très agréable de vivre sans jamais vraiment se soucier de sa sécurité ni peur d’être volé. On se sent bien. C’est très sûr. Certes. Les éditorialistes français prêts à crier à l’insécurité permanente face à Hamza la Douane vont certainement le montrer comme un modèle à suivre. D’ailleurs notre police s’entraîne chez eux.

Maintenant, imaginez que vous êtes Tibétain. Ou juste insatisfait d’une politique et que les autoritaires abusent de leur position à votre encontre, que pourrez-vous faire ?
Et d’ailleurs, auriez vous les moyens de vous rendre compte des injustices et exactions commises par l’Etat sans presse libre ? Oseriez-vous vous plaindre de quoi que ce soit avec un internet contrôlé et verrouillé, où l’accès au réseau serait vérifié par un contrôle d’identité plutôt qu’anonyme ?
L’autoritarisme n’est pas soutenable moralement. C’est l’occasion de rappeler les mots de Jefferson : « Quiconque abandonne un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre ».